Une crise qui fait naître de nouvelles solidarités

La crise nous mène tous à vouloir être solidaires. Malgré les obstacles inattendus, la population utilise de nombreux moyens créatifs et spontanés pour multiplier les échanges réconfortants. Des initiatives numériques sont partagées pour tisser des liens et offrir un filet social à distance. Les interactions sociales se transforment au fil des jours et l’humain s’adapte tranquillement à sa nouvelle réalité; l’isolement social obligatoire. Des centaines de portes au Québec ont été habillées d’un dessin d’arc-en-ciel, le mot-clé #çavaaller est propulsé sur tous les réseaux sociaux, les personnalités publiques se mobilisent pour influencer de manière positive leur communauté. On souhaite venir en aide aux entreprises locales, aux guerriers au front du combat dans le système de la santé, aux personnes plus vulnérables et à ceux et celles qui ont été coupés de leur emploi. Les marques misent encore plus sur la communauté pour offrir un soutien moral à leurs consommateurs. Il n’est plus question de vente, mais de solidarité. On tente d’être le plus optimiste possible et d’en ressortir les bénéfices, puisque qu’il semble de plus en plus clair que c’est la créativité et la pro-activité, la prise de conscience collective par laquelle nous sommes tous liés, qui nous sortiront de cette crise.

La crise actuelle frappe durement une grande proportion de travailleurs. En tant que coordonnatrice marketing, je me considère plus que privilégiée de me retrouver dans ma situation qui me permet une certaine flexibilité pour adopter le télétravail de façon efficace. Mon salaire n’a pratiquement pas eu d’impacts négatifs et je n’ai qu’à subvenir à mes propres besoins. Je me sens aussi soutenue par mes employeurs, aspect fondamental pour garder le cap sur des objectifs concrets et réalistes. De plus, j’ai réussi à me réfugier en pleine nature, où il fait bon sortir pour s’oxygéner à l’heure où on retient tous notre souffle de peur d’être contaminée. Je me suis retrouvée dans un cocon «sécurisé», bien emmitouflée. Ces moments de retrait en nature sont plus que précieux. Lorsque les scénarios de peur prennent d’assaut mon esprit et freinent mon élan de productivité, je peux faire ce que les grands spécialistes de ce monde recommandent, du sport. Un bonne dose de sérotonine sécrétée généreusement vient amoindrir ainsi la peur et l’anxiété nocives qui prennent le dessus des privilèges que je suis arrivée à m’accorder en ces temps de repli.

Les entreprises se doivent de restructurer leurs stratégies marketing. De notre côté, les réseaux sociaux, notre blog, nos infolettres et toute autre forme de plateforme, sont devenus un véritable lieu d’entraide et de ressources. Mes tâches ont complètement été redirigées pour m’ajuster à cette pandémie et offrir des outils du mieux que je peux, du haut des 24 ans. Je me suis donc donnée comme mission de m’enrichir le plus possible des outils que je voyais passer pour redonner à notre communauté numérique. Nous nous sommes complètement adaptés au courant général qui traverse notre société. Ne plus miser sur la vente de nos produits, mais offrir du soutien moral et partager du positivisme sur nos plateformes. J’ai passé en entrevue plusieurs experts en ressources humaines et en psychologie, suivi un webinaire pendant 6 heures sur la gestion des RH à l’ère de la pandémie donné par le CRHA, malgré ma minime expertise dans tous ces domaines. Ces outils m’ont d’une part apaisée et donnée un sentiment de contrôle, mais malgré ce bain de ressources je me sens toujours aujourd’hui à cette case départ. Cette première journée où je me demandais si tout ça était réel et que je caricaturais les passants ayant déjà leur masque ajusté au visage. Le J-1 où on se demande si le printemps québécois pourra être un moment d’extase et d’une grande pinte fraîche sur les terrasses pour profiter du premier 10 degrés.

Un sentiment de culpabilité me traverse dans cette position favorable. Impuissante face à l’aggravation de la pandémie, je reste figée, guidée par mon anxiété de personne de premier monde. Je réalise que cette pandémie a raison de ma détermination malgré cet accès à toutes les ressources possibles. Écrire dans ce contexte devient pour moi un exercice vertigineux et ardu. Je me sens par moment noyée dans le flot d’informations retentissantes qui nous arrivent à chaque seconde et qui nous tient au « garde à vous » pour que rien ne nous échappe dans les décomptes, les point de presse qui se succèdent. Je suis complètement obnubilée par les notifications et je tente de me convaincre de faire mon 9 à 5. Même si je sais que je dois restreindre leur lecture, je m’y retrouve machinalement plongée à la recherche de l’article qui pourra m’éclaircir sur les changements à venir.

J’ai tenté durant plusieurs jours d’écrire un article sur la gestion de stress en télétravail et je me suis retrouvée figée, par la surinformation et le poids du contenu que j’avais pour le faire mouler à la mise en page WordPress grisâtre et ridiculement lente. Perdre patience. S’adapter à un nouvel environnement de travail, ne pas se laisser distraire par les annonces, ne pas regarder par la fenêtre en espérant qu’il y ait une action plus intéressante que son voisin qui sort fumer sa 10e cigarette de la journée, avoir honte que tous ces facteurs soient devenus réellement un obstacle à ma petite vie de jeune professionnelle en communication.

Offrir du contenu de qualité et utile à cette crise est devenu un immense mur à gravir. Dans un contexte de blog, il faut le plus souvent opter pour un ton plus positif que alarmiste et d’offrir à la fois des outils originaux. Mais comment assurer toutes ces fonctions sans tomber dans l’anxiété? Je me suis réellement demandée ce que j’avais à apporter au sein de cette crise aux côtés des professionnels de la santé, des avocats, des politiciens et travailleurs oeuvrant dans le secteur des services essentiels. Comment trouver sa place dans ce tourbillon d’infobésité et amener une valeur ajoutée aux actions déjà entamées par la société. Un sentiment d’invalidité et d’impuissance m’envahit. Je n’arrive à trouver les mots parfaits, alors que je tente de gérer mon propre néant intérieur.

J’essaie de me convaincre que la société a été construite de manière à ce que chacun trouve son layon à prendre, selon ses compétences et sa personnalité. L’isolement m’a permis de me recentrer sur ce que je pouvais amener en ce temps de craintes et de questionnements sempiternels. Le temps s’est arrêté. On se retrouve obligé à faire face à des failles personnelles qui nous étaient bien plus faciles à enfouir, lorsque le notre travail occupait la majeure partie de notre vie. Prendre le temps de faire les choses et prendre soin de moi ont pris d’un coup beaucoup plus de sens à ma vie. J’arrive à reconnaître mes qualités et les forces sur lesquelles je peux compter en situation de détresse.

Ce sont ces compétences en soi qui pourront mettre en lumière nos tâches professionnelles et devenir un levier à notre motivation. Il faut se recentrer sur ce qui compte réellement pour réussir à fournir une aide quelconque dans cette situation de crise. Ce sont par la sensibilité, la résilience et notre volonté de progrès qui nous permettront à tous d’écrire, d’aider, de communiquer, de cuisiner, de partager, d’aimer pour avancer ensemble. L’intégrité et l’humanité seront nos piliers pour cette période historique.

Charlotte Centeno | Coordonnatrice chez Kotmo
Lead sustainable marketing