L’entrepreneuriat des femmes: une stratégie gagnante pour l’égalité et l’économie!

A l’occasion de la Journée Internationale pour les Droits des Femmes, deux entreprises certifiées B Corp et fondées par des femmes, Kotmo et The Unscented Company unissent leurs plumes pour vous proposer un article sur la place de l’entrepreneuriat des femmes au Québec. Nous aurons un focus entrepreneuriat social car ce thème est au coeur de nos valeurs. Nos deux fondatrices étant des exemples concrets et inspirants d’entrepreneures sociales, le sujet de l’article pour cette journée spéciale nous semblait tout trouvé! Vous découvrirez à la fin leurs témoignages ainsi que l’avis de deux de nos collaborateurs masculins sur la question. Spontanés… Et motivants!

 

Débutons cet article avec une bonne nouvelle: le Canada est le 2ème pays au monde le plus favorable à l’entrepreneuriat des femmes! Relativement nouveau, le mouvement s’est accéléré de façon exponentielle. Les entrepreneures sont ainsi devenues des actrices à part entière de la croissance économique du pays. On voit germer sur tout le territoire des entreprises intéressantes et diverses, à l’image des femmes (et non de “la” femme, qui est une abstraction, c’est l’occasion de le rappeler aujourd’hui!).

On observe pourtant un retard au Québec, où les entrepreneures sont proportionnellement moins nombreuses que dans les autres régions du Canada. Comment peut-on développer et encourager ce mouvement aux excellentes retombées positives sur l’ensemble de la société ?

 

 

Etat des lieux de l’entrepreneuriat féminin et social au Québec

Au Canada, les inégalités persistent entre les femmes et les hommes, notamment dans la sphère professionnelle (accès à l’emploi, salaire, équilibre vie privée/professionnelle etc.). Ces différences se sont cependant réduites au fil des dernières années, et l’économie sociale tend à les réduire encore plus puisque, guidées par leurs convictions et se mettant au service de l’intérêt général, les femmes sont plus représentées dans l’économie et l’entrepreneuriat social que dans les entreprises classiques.

 

Un bref état des lieux de la recherche sur le sujet permet de dresser un bilan général mitigé mais globalement positif sur les entreprises détenues par des femmes, qui ne représentent encore qu’un tiers des entrepreneurs au Québec.

On retrouve ainsi  les entrepreneures dans tous les secteurs, mais une part importante se concentre encore dans les métiers traditionnellement féminins (service et vente au détail). Leurs entreprises sont plus jeunes et elles démarrent à un âge plus avancé que les hommes, se servant de leurs économies personnelles comme principale source de financement. Les entrepreneures portent également encore majoritairement le défi de la conciliation travail/famille. De plus, l’accès au crédit pour les femmes étant relativement récent dans l’histoire du Québec, leur financement de projet s’avère en être, aujourd’hui encore, complexifié par rapport à leurs homologues masculins.

 

Terminons ce rapide état des lieux par des constats… Un peu plus positifs! Les hommes propriétaires d’entreprises sont encore aujourd’hui plus nombreux que les femmes, mais le ratio observé chez les jeunes fondateurs a changé et les femmes sont plus nombreuses pour l’année 2017. Malgré leurs difficultés de financement, les entrepreneures réussissent à tirer leur épingle du jeu en démontrant des habitudes de remboursement exemplaires auprès des bailleurs de fond. Enfin et surtout, les femmes entrepreneures ont un taux de croissance plus élevé que leurs homologues masculins, et recrutent plus lorsqu’elles avaient initialement des intentions de croissance.

 

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Les retombées positives de l’entrepreneuriat des femmes sur l’égalité des sexes et l’économie du Québec

Les études internationales du Global Entrepreneurship Monitor (GEM) ont montré la corrélation entre le taux d’activité entrepreneuriale des femmes et la croissance économique. Au Québec, leur taux de croissance est de 102% (quand leurs homologues masculins sont à 26%!). L’entrepreneuriat social permet également aux femmes d’accéder à plus de postes de direction (65,5% des postes de direction sont en effet occupés par des femmes), ce qui réduit les inégalités femme-homme au travail. Ces deux données nous prouvent, s’il le fallait, que les entrepreneures jouent dorénavant un rôle important dans la création de richesses collectives et d’emplois. Nous ne pouvons donc nous passer d’elles pour que le Québec soit une région créative et innovante. Et c’est ce que nous souhaitons en tant qu’entreprises montréalaises novatrices!

 

La situation évolue constamment. Les statistiques du gouvernement du Canada prouvent que l’écart se rétrécit entre les entreprise menées par des femmes et celles menées par les hommes, notamment en ce qui concerne le nombre d’employés, la structure de l’actif, les revenus totaux moyens, le bénéfice net ainsi que les capitaux propres. L’entrepreneuriat des femmes ayant une croissance exponentielle au Canada et étant en forte croissance partout dans le monde, le Québec pourrait se positionner en leader et ouvrir la voie à de nouvelles réflexions et modes d’action.

Québécoises, faisons de notre région le chef de file de cette redéfinition du succès dans le monde des affaires!

 

 

Favoriser et encourager l’entrepreneuriat des femmes

Malgré le discours véhiculant qu’il n’y a pas de différences entre les hommes et les femmes d’affaires en ce qui concerne leurs besoins, les tendances observées démontrent que les femmes ajoutent un nouveau visage au modèle historique de “l’homme d’affaires et que ce mouvement a besoin d’être encouragé par des organismes privés mais également publics pour se structurer et se renforcer.

 

De nombreux organismes et réseaux d’entrepreneures (Femmessor, le Réseau des Femmes d’affaires du Québec, Lori.Biz etc.), permettent aujourd’hui de stimuler l’éclosion d’entreprises à propriété féminine et les accompagnent, les mentorent, les financent ou les introduisent. Il nous semble cependant indispensable que le gouvernement inclut l’entrepreneuriat féminin dans ses stratégies pour l’égalité femme-homme et entreprenne (chacun son tour!) de créer un observatoire sur l’entrepreneuriat des femmes dans les différentes régions du Québec. Cela permettrait de mieux cerner les besoins des entrepreneures et les accompagner de manière concrète et efficace dans leur développement. 

 

Nous pensons que le genre n’est pas qu’une question de femmes. Le genre est un construit social qu’il est important de rééquilibrer afin d’atteindre une situation de pouvoir partagé ainsi que des relations et opportunités exemptes de discriminations. La lutte pour l’égalité entrepreneuriale et le soutien aux femmes créatrices d’entreprise doit maintenant s’engager dans les institutions, auprès des politiques ainsi que dans les écoles. Parce qu’il est aujourd’hui démontré que les femmes se sentent moins confiantes dans le milieu professionnel et que la confiance en soi est à cultiver dès le plus jeune âge, des interventions d’entrepreneures dans les classes peuvent donner au plus grand nombre, filles et garçons, des exemples féminins de réussites entrepreneuriales. Développer ces modèles de réussite pourrait en effet être une piste efficace pour encourager les jeunes à se lancer et leur faire découvrir l’entrepreneuriat. Des initiatives du Forum Jeunesse de l’Île de Montréal invite par exemple des entrepreneures à partager leurs expériences dans les écoles, et les témoignages des jeunes prouvent combien cela leur apporte de rencontrer des entrepreneures engagées et inspirantes. Bénéfices garantis pour tout le monde!

 

 

Conclusion

Comme le mémoire Femmessor le dit si bien, les entrepreneures sociales sont passionnées, créatrices, et cherchent à combler un vide dans le marché tout en se taillant un style de vie personnalisé où elles peuvent appliquer leurs valeurs de façon cohérente. Elles veulent certes que leur entreprise prospère, mais cela représente davantage un moyen qu’une fin en soi.

Ambitieuses, elles veulent réussir. Intègres, elles veulent que leur entreprise soit à l’image de ce qu’elles sont.

Citation tirée du Mémoire Femmessor

Au travers des témoignages recueillis par Femmessor, on constate qu’elles définissent le succès par “la persévérance, l’équilibre, l’épanouissement personnel et professionnel, l’intégrité, le plaisir, mais également la satisfaction de leur clientèle, la viabilité et la rentabilité de leur entreprise ainsi que l’équipe recrutée et la reconnaissance des autres”. Les femmes d’affaires ont des motivations, des valeurs et une définition du succès qui leur appartiennent. Loin d’être opposées à l’idée d’une entreprise forte et florissante, ces particularités doivent cependant être comprises, acceptées et prises en compte.

 

En conclusion, nous pensons que l’entrepreneuriat des femmes est un formidable levier pour atteindre une égalité des sexes de fait, et que ce mouvement a également un rôle très important à jouer dans la croissance économique du pays. Il est pour cela indispensable que les mesures rigoureuses d’impacts sociaux et environnementaux soient partagées et se généralisent, voir deviennent obligatoires afin que ces nouveaux modèles d’entrepreneures et d’entreprises soient reconnus et encouragés.

 

Les femmes prennent de plus en plus la place qui leur revient dans le tissu économique québécois. Les aides, réseaux et financements doivent faciliter cela car de nombreuses québécoises ont le goût et la passion d’entreprendre en affaires et veulent participer à la résolution des grands défis sociétaux de demain!

 

#BTheChange

 

 

Témoignages

Il y a, de façon générale, un manque de données significatives sur l’entrepreneuriat des femmes, mais encore plus en économie sociale. Ceci dit, nous avons deux exemples qui savent de quoi elles parlent et qui peuvent témoigner : Anie et Céline, qui ont toutes deux fondées leur entreprise et sont certifiées B Corp. Elles sont également toutes deux soutenues par Futurpreneur, PME MTL, BDC et Femmessor, des organismes qui les aident à porter plus haut et plus loin leurs entreprises responsables.

 

Anie Rouleau

Fondatrice et CEO de The Unscented Company, produits sans fragrance

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Pourquoi vous êtes-vous lancée dans l’aventure ?

Pour créer une entreprise qui aura une voix forte dans sa communauté. Qui influencera positivement nos choix de consommation. Qui sera un endroit où il est bon de travailler, dans une ambiance de gouvernance éthique et paritaire.

Qu’est-ce que vous aimez dans votre travail au quotidien ?

Voir une équipe qui travaille ensemble, de pair, pour mettre à exécution une idée, un projet, un rêve.

Comment définirais-tu le succès de ton entreprise ?

Par sa pérennité, sa rentabilité, sa capacité à créer des emplois ainsi que la reconnaissance d’une entreprise qui favorise le changement dans les habitudes de consommation.

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Céline Juppeau

Fondatrice et CEO de Kotmo, fabrique d’impact durable

As tu déjà eu l’impression de faire face à des difficultés en raison de ton genre féminin ?

Oui, mais combinée au fait d’être jeune. Il faut se battre pour sa crédibilité et j’apprends à négocier avec des personnes plus haut placées! 

Fais-tu aujourd’hui partie de réseau ou groupement d’entrepreneures ? Est-ce un appui utile pour toi ?

Oui, Réseau des Femmes d’Affaires du Québec notamment, dans lequel je fais partie d’une cellule d’entraide. C’est super de pouvoir côtoyer d’autres femmes inspirantes qui ont plus d’expérience que moi!

Qu’aimerais-tu dire aux jeunes filles et femmes qui aimeraient monter leur entreprise ?

Foncez et soyez fières d’être vous-même!

 

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Les hommes de Kotmo et TUC témoignent également!

Les entrepreneures et femmes chef d’entreprise semblent être une part croissante du monde des affaires et je pense que c’est un bon indicateur de la santé globale des économies locales. Si vous avez une part croissante d’entreprises à propriété féminine, cela signifie que votre économie, et la société dans son ensemble, offrent des opportunités équitables tout en évitant certaines préjugés et discriminations fondées sur le genre.

Le fait de travailler pour une entreprise appartenant à une femme me permet de travailler dans une atmosphère dépourvue d’interactions et de processus misogynes enracinés. Cela me permet également de jouer un rôle dans le soutien de l’entrepreneuriat féminin et d’encourager une économie locale diversifiée.

– Miguel Santos, Project and Sustainability Manager chez Kotmo

 

Je pense qu’on ne peut pas avoir un monde genré uniquement masculin. Il faut définitivement voir l’entrepreneuriat des femmes comme une part intégrante du succès d’une société, une société moderne, la société du futur. L’entrepreneuriat féminin permet de briser le plafond de verre. Et j’espère même que nous n’aurons plus jamais à utiliser ce terme! Nous sommes à la genèse d’un mouvement qui ne s’arrêtera pas. Dans ma génération, nous avons vu le changement d’époque et de mentalité, nous avons vu l’entrepreneuriat devenir accessible pour les femmes.

Travailler pour une femme veut définitivement dire que je crois à cette nécessité d’arriver à un équilibre. C’est nécessaire pour la pérennité du bien être de notre société, et cela appuie l’innovation sociale. C’est magnifique aujourd’hui ce que l’entrepreneuriat féminin peut faire. Sa raison d’être est justifié par les succès que l’on voit. Cela amène plus que la touche féminine, cela amène une vrai complémentarité à l’entrepreneuriat global. Le renouveau est en marche! Et nous n’utiliserons plus le terme “entrepreneuriat féminin” puisque cela deviendra la norme, on ne fera plus de cessions. On ne le revendiquera pas, on le vivra. Ce mouvement donne sa vraie place aux femmes.

– Steven Balit, Vice-président des opérations chez TUC

 

 

Bonus, sources et définitions

 

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Quelques définitions :

Entreprise sociale : Entreprise qui ne cherche pas le profit à tout prix mais qui existe avant tout pour remplir une mission sociale et environnementale tout en ayant un objectif de rentabilité économique. Ces entreprises sont gérées démocratiquement et leur mission peut être très variée selon le secteur d’activité et les valeurs des entrepreneur(e)s. De manière concrète, elles occupent le territoire et y enracinent des activités économiques structurantes créatrices de valeur. L’entreprise social a une logique différente du secteur privé classique. Le but n’est pas le projet individuel en soi mais la rentabilité économique et sociale pour ses membres et un impact positif sur la communauté.
Entrepreneuriat social : Nous considérons ici l’entreprise sociale comme une posture, une façon d’envisager sa contribution au monde du travail, mais également comme un ensemble de processus et méthodes visant à maximiser et quantifier cette impact social et environnemental.
Entrepreneuriat féminin : L’emploi de cette expression même (“entrepreneuriat au féminin”, “entrepreneuriat féminin”) sous-entend presque qu’il existe une différence fondamentale intrinsèque entre l’entrepreneuriat féminin et masculin, ce qui n’est pas vrai pour tout (nous avons souligné dans l’article les quelques différences actuelles, mais celles-ci tendent à se réduire et les entrepreneurs partagent bien des points communs tels que la motivation, la persévérance, la performance etc.) et légèrement contraire à l’égalité femme-homme. C’est pourquoi nous avons favorisé autant que possible l’utilisation de l’expression “entrepreneuriat des femmes” et “entrepreneurEs”.

 

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Sienna Zampino

Graduated in arts, Sienna is convinced of the power of words. She creates, imagines and writes articles to promote more responsible business practices.