Soutenabilité & Affaires (Partie II): Arguments pour un leadership du secteur privé en développement durable

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Dans la partie II de la série “Soutenabilité & Affaires”, rédigé par notre Manager Projets & Développement Durable Miguel Santos, la discussion se poursuit et examine le potentiel de la mise en oeuvre d’une soutenabilité internationale menée par le secteur privé. Cette deuxième partie traitera donc: des réalités financières qui façonnent l’engagement des parties prenantes; les facteurs économiques à l’appui du leadership accru en matière de soutenabilité du secteur privé; et le rôle des consommateurs dans le renforcement de la soutenabilité du secteur privé. *Bien que la complexité des systèmes économiques, sociaux et environnementaux internationaux ne soit pas à négliger, pour des raisons de concision et de facilité de compréhension, cet article sacrifiera une partie de la profondeur requise pour ce sujet pour permettre une plus grande couverture thématique.

Relire la partie I ici.

 

RECAP: Les entreprises sont en train d’affronter la réalité de leurs marchés, dont la viabilité future est liée à l’élimination des risques socio-environnementaux. Par conséquent, la gestion durable des personnes, des ressources naturelles et des processus de fabrication continueront d’être de leur responsabilité. Ma thèse est que les entreprises vont progressivement, avec l’aide de la réglementation, assumer la majorité du financement et la mise en oeuvre de la soutenabilité: recherches et technologies, gestion des ressources et initiatives d’impact. Ce faisant, les entreprises seront en mesure de combler les actuelles dans l’implémentation d’une soutenabilité socio-environnementale au niveau international.

N.B : cet article est une traduction d’un article originellement rédigé en anglais. Nous introduisons ici la différence de sens entre l’anglais et le français. En français, nous avons pour habitude de dire “développement durable” alors que “développement soutenable” serait une traduction plus exacte du concept développé en anglais par “sustainability”. Nous traduisons ici “sustainability” par “soutenabilité” pour des nécessités de cohérence. Nous ne voulons pas que les affaires “durent” éternellement sans regarder les conséquences, mais plutôt qu’elles se développent de façon durable en répondant aux besoins des générations actuelles sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins.

 

Qu’est-ce-qui a façonné les efforts de soutenabilité socio-environnementale internationale?

La première question à laquelle nous devons répondre est pourquoi ces lacunes de mise en oeuvre existent-elles? Comme l’interconnectivité mondiale le sous-entend généralement, les causes sont nombreuses. Je vais ici me concentrer sur une cause en particulier.

Les ressources.

Financement gouvernemental inefficace pour les technologies renouvelables, subventionnement des combustibles fossiles par l’Etat, conservation inefficace des ressources, protection inefficace de la souveraineté des terres autochtones etc… Les déficits de mise en oeuvre de la soutenabilité socio-environnementale résultent en grande partie de ressources institutionnelles.

Dans de nombreux cas, les organismes à but non lucratif présentent une mission et une direction organisationnelle correcte pour répondre efficacement aux préoccupations en matière de soutenabilité. Mais ils n’ont pas le capital adapté. Inversement, les gouvernements peuvent posséder les fonds nécessaires pour faire face aux défis de la soutenabilités, mais ils sont bien trop souvent entravés par des structures institutionnelles lourdes et bloquantes (mandats politiques courts, bureaucratie de mise en oeuvre, cadres politiques tels que la partisanerie…) qui affaiblissent les solutions à long terme.

Les efforts de soutenabilité sont donc actuellement menés, pour la plupart, par deux types d’acteurs internationaux qui ne fonctionnent pas toujours de manière cohérente et qui présentent des inefficacités affaiblissant l’implémentation d’une soutenabilité internationale.

Entrez dans le secteur privé.

 

Non seulement les entreprises possèdent le capital requis; mais elles peuvent également se structurer organisationnellement, étant guidées par l’exigence capitaliste de la concurrence, pour réussir l’intégration de la soutenabilité. En forçant les entreprises à être compétitives sur le plan de la soutenabilité, elles seront forcées d’évoluer ou de perdre face à leurs concurrents. Il faut admettre la réalité énoncée par Porter (2013): seules les entreprises peuvent créer des ressources. Elles créent en effet des ressources financières et sociales en fournissant un service ou un produit qui répond à un besoin, un profit. Ce faisant, les entreprises génèrent des revenus, qui entraînent des investissements, des impôts, des dons de bienfaisance, etc. (Porter, 2013). En découle que les entreprises cumulent une somme de ressources que les secteurs gouvernementaux et non gouvernementaux ne peuvent reproduire.

Quelques chiffres peuvent nous aider à mettre en perspective ce déséquilibre des ressources financières: en 2014, tous les organismes de bienfaisance et gouvernements du monde dit “développé” ont investi environ 200 milliards de dollars dans les pays dits “en développement”. La même année, des entreprises de ces mêmes pays ont investi 3,7 billions de dollars dans ces mêmes pays dits “en développement” (Woods, 2017). Rien qu’aux Etats-Unis, les revenus totaux des sociétés en 2013 se sont chiffrés à 20,1 billions de dollars américains. Comparativement, les revenus des organismes à but non lucratif s’élèvent à 1,2 billion de dollars, et ceux des administrations publiques à 3,1 billions de dollars (Porter, 2013).

On pourrait penser que les secteurs gouvernemental et sans but lucratif ont atteint une certaine limite de capacité à fournir des solutions financières et institutionnelles pour répondre au besoin grandissant d’une soutenabilité internationale. La préoccupation principale ici est que les entreprises ne partagent pas ces mêmes idéologies de résolution des problèmes, enracinées depuis plus longtemps dans les missions des ONG et de certains gouvernements. Un changement idéologique est absolument nécessaire pour permettre aux entreprises de maximiser leur leadership en matière de durabilité. Comment cela pourrait-il être impulsé?

 

Lorsque les perspectives changent, les entreprises pivotent.

Comme le montre Porter (2013), la sagesse conventionnelle en affaires et la théorie économique prétendent régulièrement qu’il y a un compromis: les entreprises génèrent du profit en causant un problème social – par exemple, en polluant plus, on fait plus d’argent. Cependant, la réalité est que les entreprises pourraient profiter de la résolution de problèmes sociaux – par exemple limiter les besoins énergétiques améliore les marges bénéficiaires.

Lorsque les perspectives changent au niveau de l’actionnariat, l’évolution à l’échelle de l’organisation s’avère linéaire et rapide. Ce changement de perspective eut alors rapidement devenir le flocon de neige qui déclenche l’avalanche dans une salle de réunion, une industrie, ou même un pays.

En tant que première source mondiale de ressources financières et sociales, les entreprises sont naturellement capables de catalyser l’impact à une échelle inatteignable pour les secteurs gouvernemental et sans but lucratif. Le défi est alors de savoir comment les entreprises pourraient être motivées à l’idée de répondre à ces questions tout en continuant de satisfaire les objectifs financiers de leurs actionnaires.  

 

Il y a deux solutions principales:

  1. La raison d’être du secteur privé, la maximisation des profits, doit être appliquée et adaptée aux contexte de la soutenabilité.

Une façon populaire de décrire ce type de gestion d’entreprise est le “triple résultat”. Cela signifie exploiter une entreprise en équilibrant les objectifs sociaux, environnementaux et économiques (c’est à dire les affaires durable). Lorsque ce cadre est intégré, les objectifs de maximisation des profits, de maintien de communautés équitables et de gestion durable de l’environnement existent de manière cohérente pour soutenir le succès d’une entreprise.

 

  1. Le secteur privé doit fonctionner à plus grande échelle.

La soutenabilité existe à une échelle temporelle plus grande que les mandats politiques, les générations humaines et les durées de vie des entreprises. Bien que la question de l’échelle de temps puisse être la barrière la plus abstraite face à l’action de soutenabilité collective, elle fait néanmoins partie intégrante de son succès. De nombreux objectifs capitalistes, tels que la maximisation des profits à tout prix, se manifestent à la suite d’une réflexion à court terme. Cependant, lorsqu’une entreprise pense à long terme, maximiser les profits tout en générant des externalités sociales et environnementales négatives (qui augmentent les risques, réduisent la compétitivité et gonflent les coûts d’exploitation) devient tout de suite beaucoup moins logique.

En institutionnalisant les affaires durables autour de ces deux solutions, on peut penser que l’équité économique mondiale sera améliorée. Lorsque les entreprises agissent dans l’optique d’une soutenabilité à long terme et d’un désir profondément enraciné de soutenir un triple bilan positif, les effets en aval peuvent améliorer la santé économique des communautés marginalisées et contribuer à éliminer certaines externalités environnementales négatives. L’égalité des sexes, l’inclusion économique, la collaboration intersectorielle et la gestion de l’environnement peuvent tous résulter d’une gestion plus durable et plus soutenable des affaires.

 

Les consommateurs ont un rôle à jouer.

Toi, moi, lui et elle, eux, nous. Nous sommes les catalyseurs!

Ce seront les consommateurs qui permettront le changement idéologique initial, et ce seront les consommateurs qui maintiendront l’élan vers une soutenabilité internationale. Les consommateurs dictent le consumérisme, et leurs décisions d’achat guident les entreprises, les politiques et les économies. Le changement idéologique au sein de la communauté des affaires devra refléter le changement idéologique qui aura agi au sein des consommateurs eux-mêmes.

 

Lorsque les consommateurs utilisent leur pouvoir monétaire pour (re)définir ce dont il ont besoin et ce qu’ils attendent des économies mondiales, les entreprises suivent. Elles n’ont pas le choix. En agissant ainsi, les consommateurs peuvent non seulement refaçonner la manière dont les entreprises mesurent le succès, mais aussi ce qu’elles font pour réussir. Lorsque les consommateurs demandent plus de responsabilités socio-environnementales au secteur privé, voici ce qu’il se passe:

  • les entreprises réalisent qu’il est dans leur intérêt d’évoluer et de fonctionner conformément aux exigences sociétales;
  • les consommateurs se sentent efficaces et ont de l’influence sur la limitation des impacts socio-environnementaux résultant de leurs décisions d’achat;
  • la gestion des systèmes globaux qui nous maintiennent sont améliorés

 

Le capitalisme est le système anthropogénique le plus puissant jamais créé. Il s’est intégré dans tous les aspects de la société et, ce faisant, a contribué à toute une série d’externalités positives et négatives pour la société et l’environnement. A mesure que les problèmes mondiaux prendront de l’ampleur et de la complexité, peut être que le capitalisme s’orientant dans une nouvelle direction nous fournira un outil efficace, à une échelle appropriée, pour résoudre de nombreux problèmes internationaux auxquels nous sommes actuellement confrontés. Permettre aux entreprises d’exploiter ce potentiel d’une manière qui profite aux économies, aux sociétés, à l’environnement et à leurs résultats financiers pourrait bien être la solution la plus applicable à notre contexte.

Merci pour votre lecture.

 

La partie III de Soutenabilité & Affaires conclura cette série par une discussion sur la façon dont l’intégration croissante de la soutenabilité du secteur privé a proliféré et s’est illustrée dans divers contextes. 

 

Travaux cités

Porter, M. (2013). The case for letting business solve social problems.

USA: TEDTalk. Récupéré sur : https://www.ted.com/talks/michael_porter_why_business_can_be_good_at_solving_social_problems

Woods, W. (2017). The business benefits of doing good. USA: TEDTalk. Retrieved from https://www.ted.com/talks/wendy_woods_the_business_benefits_of_doing_good/up-next#t-522199

 

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Sienna Zampino

Graduated in arts, Sienna is convinced of the power of words. She creates, imagines and writes articles to promote more responsible business practices.