Entrevue « on the rocks » avec Lithologie

Ce mois-ci, nous avons posé quelques questions à Lithologie, un de nos principaux fournisseurs. Ce binôme entrepreneurial est composé de Kim, une designer audacieuse, et Stéphane, un géologue. Tous deux amoureux des pierres du Québec, ils gèrent une entreprise qui produit des pierres à whisky, des « strates d’histoire ». Merci Kim d’avoir pris le temps de répondre à nos questions pour nous présenter votre belle activité. Chez Kotmo, que ce soit nos clients ou nous-mêmes, nous sommes totalement conquis par vos produits entièrement faits au Québec!

 

Hello Kim! Peux-tu nous présenter ton entreprise?

Hello, oui bien sûr! Chez Lithologie, nous extrayons la pierre pour en faire des pierres à whisky. On va éventuellement développer également des accessoires autour de la table, de la dégustation avec ces pierres, mais sous une autre forme.

Quelle est ta formation?

Je suis designer de formation à la base. J’ai fait mon CEGEP et à l’université en design industriel. Je viens d’une famille d’entrepreneurs, mon père est entrepreneur en construction donc j’ai grandi sur les chantiers. Plus tard, j’ai eu envie d’explorer quelque chose de plus créatif que la construction. J’ai commencé en design d’intérieur, j’ai fait un stage à l’étranger, puis je suis allée en design industriel à l’Université de Montréal, et j’ai fait un stage en design de bijoux.

Pour en arriver là, à Lithologie et aux pierres à whisky, j’ai du énormément me former depuis deux ans! J’ai énormément appris! C’était très stimulant de débuter une nouvelle activité inconnue mais passionnante. 

 

Comment en êtes-vous arrivés là? Quel est votre parcours entrepreneurial?

Ca a débuté lorsque je suis allée en randonnée en montagne: j’ai amassé des pierres, je suis revenue à la maison les poches pleines de roches, en me demandant si je pouvais les identifier. J’avais envie de travailler avec pour faire des bijoux ou autre.

J’ai écris de manière très innocente sur facebook “Est-ce-que quelqu’un dans mon réseau connaît un géologue?” et je suis tombée sur Stéphane, qui est aujourd’hui mon associé, qui était en train de faire son stage au Ministère des Ressources en tant que géologue. Je lui ai envoyé toutes mes roches par la poste et deux semaines après, je recevais un courrier avec toutes mes roches concassées dans des sacs avec des chiffres et des rapports de tous les test qui avaient été faits. Et là je me suis dit que j’étais vraiment tombée sur quelqu’un d’incroyable. Avec tout le savoir scientifique, il a donné de son temps, il a pris le temps de faire les tests.

J’étais assez impressionnée! On a donc commencé à discuter ensemble, à apprendre à se connaître – je ne l’avais jamais rencontré! On a constaté que nous avions tous les deux envie de construire une entreprise autour de la pierre. Lui a fait géologie, et moi design bijoux, et la pierre est très important dans ce domaine. J’ai toujours aimé les pierres depuis toute petite. On s’est donc rendus compte qu’on avait une passion commune et qu’on avait envie de construire une entreprise autour de ça. Mais sans plus, à l’époque il n’y avait pas encore tellement d’attentes.

On a commencé à essayer de réfléchir avec un modèle d’affaires, on s’est demandés ce qu’on pourrait faire, comment intégrer ces pierres. Vu que je venais du monde du bijou, on s’est dit qu’on pourrait façonner quelques pierres. Mais on s’est vite rendus compte que le marché d’abord était saturé, et ensuite que les partenaires sur le terrain n’étaient pas top. On s’est reposés la question: “qu’est-ce-qu’on pourrait faire avec la pierre pour être innovants?”. On s’est remis à travailler sur notre modèle d’affaires, cela a pris des mois, on a pu être un peu découragés à certains moments.

 

Comment êtes-vous arrivés aux pierres à whisky ?

A l’époque j’étais avec Céline justement, de Kotmo, à la jeune chambre de commerce avec moi. C’était elle qui organisait notre cohorte. Elle est passée à mon bureau, et je lui dis que j’étais découragée parce qu’on avait de la pierre incroyable mais qu’on ne savait pas quoi en faire… Je lui ai demandé quel produit corporatif on pourrait éventuellement développer pour elle, ou dont elle aurait besoin pour ses clients. Quelque chose qui ait du sens. Elle m’a répondu “Kim faut absolument que tu fasses des pierres à whisky!”. Elle ne connaissait personne qui faisait ça. Je me suis demandé pourquoi on n’y avait pas pensé avant… C’est un objet assez simple à couper! Deux à trois semaines après, on est arrivés avec une proposition. Je lui ai dit que je pensais qu’on était capables de le faire, on a fait des tests sur des pierres. Nos pierres étaient vraiment plus efficaces que les pierres à savon du marché, elles étaient plus rigides.

On est capables de les couper et on a des pierres sur le terrain approuvées par la FDA (Food and Drugs Administration) des USA. On s’est donc dit qu’on pourrait vraiment développer ça. On a démarré le projet autour de la pierre à whisky. C’était une belle opportunité. Cela fait à peu près deux ans.

Entre temps on a fait beaucoup de test pour repérer les pierres les plus intéressantes, comment les couper, avec quelle machine, sur le terrain, à quoi le produit devait ressembler, rassembler des fournisseurs, fixer le prix, faire des rondes de test, est ce que les gens vont l’acheter, à quel prix, quelle info est importante pour eux…. On a lancé en novembre dernier officiellement un produit qu’on ne touche plus. Voilà notre histoire!

La rencontre avec le côté “corporatif” de Kotmo vous a donc inspiré?

Oui, vraiment! On voudrait éventuellement développer des produits autour de la table, comme des assiettes de service chaud/froid, des plaques de barbecue etc, mais oui, toujours avec ce corridor corporatif là qui nous permet de faire des ventes pour faire en sorte que l’entreprise grandisse. Si on ne faisait que de la distribution dans les boutiques, et c’est un monde vraiment différent, ce serait beaucoup de gestion. Et de toutes façons, on trouve cela très intéressant de travailler avec le corporatif! D’autant qu’on a la possibilité de personnaliser les objets. Ils sont à haute valeur ajoutée puisque personne n’extrait les pierres qu’on extrait. Et avec le savoir géologique qu’on a, on est en  mesure de donner l’histoire de la pierre, l’âge qu’elle a, d’où elle vient exactement, comment ca a été extrait. Contrairement au marbre d’Italie ou aux pierres qui viennent de Chine mais dont on ne sait aucunement comment elles ont été extraites. Pour nous, la transparence, c’est très important dans notre projet.

 

Quelles sont vos valeurs d’entreprise?

Depuis le début, on cherche à mettre en avant l’histoire de nos pierres, celles du Québec mais du continent de l’Amérique tout entier également. On est vraiment chanceux au Québec parce qu’on a des pierres extrêmement vieilles, et un patrimoine géologique incroyable. Une de nos valeurs phares est donc la transparence. On raconte notre histoire, le processus, on explique nos choix, la provenance… D’où le « strates » d’histoire. 

 

Quels sont les outils, techniques et matériaux que vous utilisez habituellement ?

Au niveau des techniques et outils, toutes les pierres sont généralement coupées avec des lames au diamant et un système à eau qui permet d’éviter que ça surchauffe et prenne feu puisque le contact est intense entre le diamant, la lame et la pierre. On s’est donc équipés en lame et en diamant. On a plusieurs types de scies.

Dans l’ordre et pour commencer: on extrait vraiment à la main, avec une sorte de pioche qui a un angle d’attaque, et on s’accroche à des parois pour aller chercher des pierres, toujours le même genre. Toujours à peu près à la même dimension car les scies qu’on a nous impose pour l’instant un diamètre. 

Ensuite, ce qu’on fait, c’est qu’on les coupe en tranches, on en fait quelque chose qui ressemble à une frite. Ensuite on coupe la frite en cubes.

Les cubes vont passer après ça plusieurs jours dans des cuves de polissage avec de la poudre de diamant. On change les grains tous les jours. Au même titre que quand on vient sabler un boîtier en bois, on va utiliser un gros grain jusqu’à un petit grain. On utilise trois types de grains, et la dernière journée c’est un espèce de wash qui nettoie vraiment la pierre et permet d’enlever toute la poudre de diamant en contact avec la pierre.

Ensuite, les pierres sont transportées jusqu’à Montréal pour qu’on puisse travailler l’assemblage avec les boîtes et emballages. Généralement, les pierres sont extraites et transformées à peu près dans la même ville pour s’assurer de pas avoir à être transportées sur des milliers de km.

Ca prend donc généralement et au total 7 jours pour un lot de pierres. Le lot de pierre dépend du nombre de machines en marche. Ca peut varier entre 400 et 600 pierres par semaine qui vont être produites.

On a passé 6 à 8 mois à savoir comment faire, à faire de la recherche. Il faut savoir que traditionnellement, les pierres à whisky ne sont pas vraiment polies parce qu’elles sont trop fiables, mais elles sont aussi très molles. Les pierres à savon sont à 2.5 sur l’échelle de dureté, et nous on est à 6.5/7 sur la même échelle. Le diamant est à 10. On est vraiment dans des cas beaucoup plus rigides. Généralement, personne ne polit des pierres pour ça, à part pour des petits objets. 

Il nous a fallu 8 à 10 mois pour peaufiner la méthode de polissage. Donc à savoir quel type de grain on utilise, sa composante, sa grosseur de grains, combien d’eau il faut ajouter, le temps pour le wash, la machine qu’on a brisé, il a fallu en racheter… On a fait beaucoup de tests, mais maintenant la méthode est peaufinée ! On peut faire d’autres produits comme ça.

 

Et pour la suite?

Le but présentement, c’est vraiment d’avoir un réseau de distribution qui est solide. L’entreprise n’est financée que par des ventes, donc on n’a pas eu de financements, d’aides ou quoi que ce soit. on se concentre sur s’assurer d’avoir un bon réseau de distribution, que la production suive, puis avoir assez de cash-flow pour aller de l’avant et développer d’autres produits. On veut bien faire les choses,mais il faut générer assez d’argent pour les réinjecter dans l’entreprise.

 

Qu’est ce qui te touche ou t’excite le plus dans ton travail?

Ce qui me touche, ce que je trouve assez incroyable, c’est développer quelque chose avec la pierre, avec une pierre que personne n’utilise. De mettre en valeur le patrimoine géologique. On partage vraiment cette passion là. On fait découvrir des choses aux gens, et ils sont émerveillés de voir les pierres, de connaître l’histoire. Donc ça, c’est très motivant. On aimerait aussi faire des synergies avec d’autres types de produits. Ce serait un bel accomplissement.

Et si tu étais un objet, lequel serais-tu?

Si j’étais un objet, je serai probablement un crayon. Pour pouvoir toujours innover, mettre en lumière, mettre en image ce que les gens ont en tête! Ce qui est un peu le rôle du designer à la base.

 

Quand tu pars en voyage à l’étranger, quel type de touriste es-tu? 

En tant que touriste, j’aime bien passer inaperçu, me fondre en masse. Quand je suis allée travailler en Chine en design d’intérieur, et au même titre qu’en Suisse en design bijoux, je n’avais pas envie de me faire remarquer, je voulais me fondre dans la masse des gens pour mieux comprendre leur mode de vie, sortir de ma zone de confort, voir comment ils perçoivent les choses.

 

Si tu pouvais dîner avec n’importe qui, de vivant ou non, qui choisirais-tu?

Un dîner avec n’importe qui?? Il y a tellement de gens auxquels je pense! Je pense que le couple de designers Charles et Ray Eames, qui ont fait par exemple la première chaise moulée en fibres de verre. Autant elle que lui étaient très présents, et dans les années 60’ il y avait très peu de designers féminins. Mais eux formaient vraiment une équipe, ils avaient toujours plein de projets, étaient impliqués avec le Bauhaus…

Si je pouvais juste venir à leur époque et manger avec eux, c’est ce que je ferais !

 

Qu’est-ce-qui te plaît dans ta collaboration avec Kotmo? Est-ce que cela t’apprend des choses pour ton métier ou ton business?

Je pense que nos missions sont assez proches. Notre but commun est de valoriser les produits à fort caractère design mais à moindre impact négatif sur l’environnement. Donc toujours valoriser une échelle locale, la proximité entre les entreprises et les designers. Mettre le design en avant, pas que le côté plastique de l’objet, mais bien le design intégré tout au long du processus, pour faire rayonner autant les designers que les clients qui envoient une touche innovante et intéressante. C’est à l’opposé des objets de faible valeur fabriqués en Chine!

J’aime cette démarche et cette volonté là. Pouvoir penser à ce genre d’objets là c’est une super idée parce que nombre de fois ou ce que les gens reçoivent des trucs puis qu’on les jette.. L’idée c’est de créer un objet qui soit utile, pas juste en série, que les gens s’attachent, qu’on voit qu’il y ait des gens qui ont travaillé derrière, qui se transmet.

Autant il y a des fournisseurs très “old school”, qui ne sont pas d’accord pour donner l’info parce qu’ils ont peur qu’on leur pique leur truc, la vieille école, autant le B Corp nous a vraiment inspiré parce qu’il est très différent des autres modèles traditionnels.

Dans le fond, ce qu’on voudrait faire, c’est se trouver une cause environnementale à laquelle on pourrait s’attacher, et éventuellement rentrer dans le processus B Corp. Ce n’est pas encore la priorité car on veut pérenniser notre business avant d’être en mesure de faire ce genre d’actions. Mais plus tard, on aimerait soutenir une cause locale qui nous touche, comme les espèces maritimes menacées autour de Saint-Laurent.

On est allés en france en avril dernier, on a regardé le marché, et on s’est rendus compte que ce genre d’initiatives (Kotmo) au Québec n’existait pas en France. On en a vu à Vancouver, mais pas aussi bien que ce que Kotmo fait. Donc c’est une fierté ! D’aller dans les détails, dans la qualité. Avec des objets qui se différencient bien des autres. 

 

Comment envisagez-vous la suite de votre collaboration? 

Dans le futur? Notre but est de développer d’autres produits avec Kotmo, et de faire des synergies avec nos partenaires, développer des produits qui permettent aussi à nos collaborateurs de se démarquer sur le marché. Continuer à développer cette collaboration, c’est très agréable de travailler avec Céline. On est prêts à faire des tests et essayer des affaires, à développer des choses et que cela nous serve d’incubateur en quelque sorte.

 

 

Merci Kim pour cette entrevue passionnante et instructive!

On a hâte de découvrir vos prochains produits autour de la pierre. 

 

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Sienna Zampino

Graduated in arts, Sienna is convinced of the power of words. She creates, imagines and writes articles to promote more responsible business practices.